#JeSuisLéa — Contre la précarité à l'université. Un mouvement d'espoir et de solidarité.
Mouvement des docteur·es et personnels précaires de l'université France · 2026
Manifeste Prends la parole →

Je suis Léa.

J'ai un doctorat. Huit ans d'études après le bac, une thèse, des années de recherche. J'enseigne à l'université française. Devant les étudiants, on m'appelle « chargée d'enseignement ». Sur ma fiche de paie — quand elle arrive — on m'appelle « heures complémentaires ».

Je surveille les examens le samedi. Je corrige les copies le soir. Je réponds aux mails, je prépare mes cours, j'assiste aux réunions. De tout cela, une seule chose est payée : l'heure où je suis debout face à la salle. Le reste, l'université le reçoit gratuitement.

Je suis souvent payée avec des mois de retard. Rapporté aux heures réelles, mon salaire passe sous le SMIC. Et l'an prochain, rien ne me garantit qu'on aura encore besoin de moi — ni qu'un poste existera pour celle que l'on a pourtant formée pendant dix ans.

En Allemagne, elle s'appelait Hanna. Un ministère avait inventé ce personnage pour expliquer, sourire aux lèvres, pourquoi la précarité des chercheurs était normale — voire nécessaire à la créativité. Des milliers de voix ont répondu : Ich bin Hanna. Et la loi a bougé.

En France, je m'appelle Léa. Je ne suis pas un cas isolé. Je ne suis pas une exception malheureuse. Je suis le fonctionnement ordinaire d'une université qui tourne sur celles et ceux qu'elle refuse de titulariser.

Je ne suis pas une variable d'ajustement.

Je suis Léa. Et vous ?

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voix rassemblées.
Chacune est une personne réelle derrière Léa.

À quoi sert Je suis Léa

Un même mouvement, plusieurs leviers : rendre visible, informer, revendiquer, peser sur le débat, et demain agir en justice.

Sans refaire ce que d'autres font déjà. Les syndicats et la CJC défendent les recours individuels et publient des guides ; c'est précieux, et nous vous y renvoyons. Notre force vient s'y ajouter : rassembler des centaines de récits dispersés en une preuve collective et visible, qui pèse là où un dossier seul ne pèse pas.

Les informations juridiques de ce site sont générales et ne constituent pas un conseil juridique individualisé. Pour votre situation propre, rapprochez-vous d'un syndicat ou d'un·e professionnel·le du droit.

Ce que nous demandons

Pas des doléances : des demandes précises, chiffrables, opposables. Car ce n'est pas une somme de cas malheureux à traiter un par un — c'est un système qui repose sur du travail sous-payé. Les deux premières sont notre fer de lance : le scandale le mieux documenté, et le plus simple à faire cesser.

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Payer à temps, et payer pour de vrai

Priorité
  • Payer chaque mois n'est pas une faveur : c'est déjà la loi. Depuis 2022, l'article L. 952-1 du code de l'éducation impose de verser la rémunération des vacataires mensuellement, et le Conseil d'État l'a confirmé (6 février 2024). Presque aucune université ne l'applique.
  • Partout ailleurs, un retard de paiement se paie. Dans le commerce, des intérêts de retard s'appliquent automatiquement ; quand l'État règle ses fournisseurs en retard, il doit lui aussi des intérêts moratoires. Seule l'université peut ignorer la loi sans que cela ne lui coûte rien. Nous ne réclamons pas un privilège, mais la règle commune : des intérêts de retard automatiquement dus, et une part de la dotation de l'établissement conditionnée au respect de la loi.
  • Rémunérer toutes les heures réellement travaillées : préparation, correction, surveillance d'examens, réunions, et pas seulement l'heure passée face aux étudiants.
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Un plancher, un plafond

Priorité
  • Un plancher sous le salaire : aucune rémunération ne doit tomber sous le SMIC horaire une fois comptées les heures réellement travaillées.
  • Un plafond sur la précarité : une limite à l'enchaînement des contrats précaires. Un enseignement qui revient chaque année n'a rien de temporaire — il doit être assuré par un poste stable, pas par une personne reconduite indéfiniment.
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En finir avec les faux CDI

  • Un « CDI de mission scientifique » est un contrat à durée indéterminée… qui s'arrête à la fin du projet. Le mot « indéterminée » rassure ; la date de fin, elle, est bien réelle. Nous demandons qu'un CDI redevienne ce qu'il prétend être — un emploi stable — et cesse d'être un CDD déguisé.
  • Pour les contractuels de la loi LRU — ingénieur·es, personnels de recherche et d'appui, reconduits de contrat court en contrat court pendant des années — un accès réel à l'emploi pérenne, et non une précarité sans terme.
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Compter, et rendre des comptes

  • Aujourd'hui, personne ne dit quelle part des cours repose sur des précaires. Cette invisibilité est précisément ce qui fait durer le système. Nous demandons que cette part soit mesurée et publiée, université par université.
  • Un chiffre, ça change tout : il se cite, se compare, s'inscrit dans un programme. Ce qu'on refuse de compter, on n'est jamais forcé de le corriger — un indicateur public oblige les responsables à répondre.
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Contre l'abus de pouvoir

  • Une thèse, un contrat, une carrière dépendent souvent d'une seule personne. Dénoncer un abus, c'est risquer de tout perdre — alors on se tait. Cette dépendance à une seule autorité fait le lit de l'arbitraire.
  • Nous demandons un recours réel : un canal de signalement indépendant, une protection contre les représailles, et des sanctions pour le harcèlement et l'abus de pouvoir. En Rhénanie-du-Nord-Westphalie, c'est déjà la loi.
Propositions de la communauté

Bientôt : proposez vos revendications.

L'espace pour proposer vos propres revendications ouvrira très bientôt.

Où nous voulons aller — et pourquoi maintenant

Faire entrer la précarité de l'université dans la présidentielle.

À l'approche de l'élection présidentielle, nous demandons que la précarité de celles et ceux qui font vivre l'université entre enfin dans le débat, dont elle est aujourd'hui absente. En Allemagne, un simple mot-clic — #IchBinHanna — a rendu visible tout un système, et la loi a bougé. En France, ce système a un nom : Léa.

Nous voulons une université qui cesse de tenir sur le travail gratuit : ces heures de préparation, de correction, de surveillance données sans qu'elles ne comptent nulle part. Une université qui paie à l'heure juste et sans des mois de retard, où aucun salaire ne tombe sous le SMIC. Où l'on cesse de remplacer des postes par des contrats précaires reconduits sans fin, et où un « CDI » ne s'éteint pas avec un projet. Où contester un abus ne signifie plus perdre son contrat, sa thèse ou sa carrière.

Ce dernier point — briser la loi du silence qui protège les abus — semble le plus hors de portée. Il ne l'est pas : en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, une coalition entre un parti conservateur et les écologistes vient d'inscrire dans la loi un cadre clair contre l'abus de pouvoir à l'université. La preuve que rien de ce que nous demandons n'est une utopie.

Agir n'est donc ni une question de camp, ni une question de moyens : c'est une question de volonté. Ce qu'une majorité a fait là-bas, la France peut le faire aussi.

Le mur des Léa

Chaque témoignage commence par « Je suis Léa ». Les prénoms et les détails identifiants sont volontairement absents : Léa est un collectif, pas une personne à exposer.

« Je suis Léa. »

J'ai un doctorat, une thèse, des années de recherche. Et je donne des cours à la fac, payée sous le SMIC : on me paie l'heure devant les étudiants, jamais la préparation, ni les copies, ni les examens. Mes cours de janvier, je les ai touchés en juillet.

L'an dernier, j'ai postulé partout, n'importe où. Un fast-food m'a refusée : trop diplômée. J'étais prête à ranger les légumes dans un magasin bio ; je revois encore le patron qui ne comprenait pas, qui a dû me croire en pleine crise existentielle. Je n'étais pas en crise existentielle : j'étais en crise alimentaire.

Sans l'aide de proches, je n'aurais même pas droit au chômage. Comme tant d'autres qui ont eu une bourse d'excellence avant d'être jetés à la poubelle.

Alors non, ce n'est pas un appel à l'aide. C'est une sommation. Payez ce que vous devez, ou vous verrez ce qui reste de vos facs le jour où nous cesserons de les faire tourner gratuitement.

Je suis Léa, et je ne vais pas me taire.

Chargée d'enseignement · droit
« Je suis Léa. »

J'ai réalisé ma thèse en trois ans sans financement, en travaillant à temps partiel et en assurant des vacations d'enseignement. Je n'aurais jamais pu mener ce projet sans le soutien matériel de mon compagnon.

Après ces trois ans de sacrifices financiers, j'ai eu « la chance » d'enchaîner deux contrats d'ATER. Les ATER sont (encore) moins bien payés que les doctorants sous contrat, et font souvent face à des frais de transport délirants : ils prennent des postes éloignés de chez eux et ne sont pas éligibles au remboursement de leurs frais.

Après ça, j'ai eu la chance d'être recrutée sur un poste de titulaire. Mais soyons clairs : j'ai pu faire tout cela parce que j'étais « riche », c'est-à-dire que j'avais une famille pour me soutenir matériellement.

Titulaire · ancienne ATER
« Je suis Léa. »

Trois ans de vacations dans la même UFR. Chaque année je réenvoie le même dossier, chaque année on me dit que « le poste viendra ». Il n'est jamais venu. J'ai fini par comprendre qu'il n'était pas prévu qu'il vienne.

Chargée d'enseignement · sciences humaines
« Je suis Léa. »

Payée en février pour des cours donnés en octobre. Entre les deux, j'ai vécu sur mon découvert. On nous demande d'être rigoureux ; l'administration, elle, peut attendre quatre mois pour nous payer.

Vacataire · droit
« Je suis Léa. »

Un samedi entier à surveiller un partiel. Non payé : ce n'est pas « une heure de cours ». La correction des copies non plus. On rémunère la façade et on efface le reste.

ATER · sciences
« Je suis Léa. »

« CDI de mission scientifique. » On m'a fait signer un contrat à durée indéterminée qui s'arrête à la fin du projet. J'ai mis des mois à comprendre que ce CDI-là ne me protégeait de rien.

Ingénieure de recherche contractuelle
« Je suis Léa. »

Chargé de cours depuis 2006 : cette semaine, je fais ma vingt et unième rentrée universitaire. J'ai soutenu mon doctorat en 2014 ; pour financer mes études, j'avais toujours travaillé, souvent plusieurs emplois à la fois.

Je suis qualifié par le CNU dans deux sections, et j'en suis déjà à ma troisième qualification — elle ne vaut que quatre ans. Je passe des auditions pour des postes de maître de conférences, mais l'entre-soi universitaire prend toujours le dessus.

Alors je garde un emploi alimentaire pour continuer à enseigner. À quelques heures près, je fais pourtant exactement le même travail que mes collègues titulaires : 187 heures d'enseignement par an, en plus d'un emploi de 38 heures par semaine.

Chargé de cours · vingt ans d'enseignement
« Je suis Léa. »

Un doctorat en histoire contemporaine, bientôt treize ans d'enseignement à l'université. Chaque année, la même danse : des cours reconduits et d'autres qui s'ajoutent, pour combler les trous d'un titulaire muté ailleurs ou en décharge. À nouveau des cours à préparer, souvent dans l'urgence, avec pour seule consigne : « faites ce que vous voulez, vous êtes libre. » Une liberté aux airs de contrainte, une préparation longue et exigeante — parfois pour une seule année.

Des corrections, des surveillances, des mails en pagaille. Je suis visiblement assez qualifié et compétent pour couvrir tous les cours disponibles. Mais pas de poste de MCF — surtout quand on n'est ni agrégé ni normalien, ce statut qui fait office de sélection officieuse dans la masse des candidatures. Une paye misérable et, peut-être le plus dur, une reconnaissance quasi nulle. Parfois, au détour d'un couloir ou d'un mail : « votre statut n'est pas acceptable ». Et puis rien ne change.

Le système lui-même est d'une grande violence. Souvent pas de salle pour les vacataires : deux heures de battement entre deux cours ? La cafétéria. La salle des professeurs nous est fermée. Des photocopies ? Pas de clef, pas d'accès : ce serait « trop de logistique » vu le roulement des non-titulaires.

L'indice de l'heure de vacation n'a pas bougé depuis des lustres. Reste un mépris institutionnel diffus — le symptôme d'une université au bord de l'essoufflement.

Vacataire · histoire contemporaine
« Je suis Léa. »

J'étais systématiquement payé en retard par l'université, qui refusait en plus de prendre en charge mes frais de transport. J'ai cherché de l'aide un peu partout, sans rien trouver — jusqu'à ce qu'on me parle de la CGT FERC Sup et de sa campagne d'accompagnement des vacataires.

Grâce à elle, j'ai déposé un recours au tribunal : avant même toute condamnation, j'ai obtenu ma paie. Et ça n'est pas resté sans effet collectif — ce précédent a obligé la fac à rembourser aussi les frais de transport d'autres collègues. J'ai rencontré ces personnes dans la même situation, et on s'est organisé·es en se syndiquant.

Aujourd'hui, ensemble, on mène des actions juridiques d'ampleur, mais aussi des grèves — en solidarité avec d'autres salarié·es précaires et avec les étudiant·es, par exemple face à la hausse des frais d'inscription pour les étudiant·es étrangers·ères.

Syndiquez-vous.

Vacataire · syndiqué à la CGT FERC Sup
« Je suis Léa. »

J'ai fait ma thèse à l'étranger, en anglais. En France, cela suffit à vous desservir : le système se méfie des parcours qu'il juge « trop » internationaux, et pénalise la mobilité au lieu de la reconnaître.

Ma thèse a pourtant été saluée par le jury et publiée telle quelle par un éditeur reconnu. Cela n'a rien changé. Je n'ai même pas obtenu la qualification aux fonctions de maître de conférences : on a estimé, sur des critères qui m'échappent encore, que je ne parlais pas suffisamment bien le français. Ni poste, ni contrat, ni même un ATER.

Depuis quand une nationalité étrangère et une thèse en anglais voudraient-elles dire qu'on parle mal le français ? Je ne me défendrai pas d'une langue que j'enseigne et que je publie : ce reproche ne dit rien de moi. Il dit tout d'un CNU connu pour écarter les parcours jugés trop étrangers. « La langue française » : le motif présentable pour dire qu'on ne sera jamais tout à fait d'ici.

Au dixième refus, une université a au moins eu l'honnêteté de me le dire : on recrute d'abord celles et ceux qui sont déjà qualifié·es, ou déjà en interne. Des collègues au dossier plus mince, mais mieux né·es et mieux placé·es, ont eu le poste.

Un professeur me l'a presque dit avec bienveillance : chaque université cherche surtout à « sauver » celles et ceux qui sont dans la précarité depuis des années. Autrement dit, réussir, publier, être reconnu·e par un jury ne suffit pas.

On peut tout faire comme il faut, et rester à la porte.

Docteure sans poste

Qui sommes-nous ?

Un collectif de chercheuses et de chercheurs de l'université française — titulaires comme précaires — réuni·es autour d'une conviction : la précarité académique n'est pas une fatalité, et d'autres pays l'ont prouvé. Certain·es d'entre nous travaillent sur le droit comparé de l'emploi scientifique en Europe ; c'est de là que vient la filiation assumée avec #IchBinHanna.

Nous avançons sous le nom collectif de Léa plutôt que sous nos noms propres — non par goût du secret, mais parce que ce mouvement documente un système, pas des personnes, et parce que plusieurs d'entre nous sommes directement concerné·es par la précarité décrite ici.

Ce que vous écrivez arrive donc entre les mains de gens qui connaissent ce terrain de l'intérieur, et qui en feront un manifeste et une adresse aux candidat·es à la présidentielle.

Je suis Léa est un mouvement indépendant, non partisan et à vocation pluraliste. Nous sollicitons toute personne, institution, organisation syndicale, association et force politique démocratique prête à soutenir des mesures précises contre la précarité dans l'ESR.

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Votre récit sera relu et anonymisé avant toute mise en ligne, et publié seulement si vous l'autorisez. Ne mettez personne en cause nommément et n'indiquez rien qui puisse vous identifier si vous ne le souhaitez pas. Le formulaire s'ouvre sur notre espace sécurisé, hébergé dans l'Union européenne.

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Un policy brief documenté : recherche, vérification des chiffres, mise en forme. De quoi transformer des témoignages en preuve.

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Porter les revendications jusqu'aux candidat·es à la présidentielle : adresses publiques, tribunes, présence dans le débat.

Porter une affaire en justice

Frais d'avocat·e, de procédure, d'expertise : de quoi faire valoir devant les tribunaux les droits que les établissements bafouent, comme d'autres l'ont déjà obtenu.

Transparence totale. Nous demandons des comptes à l'université ; nous nous les appliquons à nous-mêmes. Chaque euro reçu et chaque dépense engagée seront rendus publics, et chacun·e pourra voir précisément ce que son don a financé, et ce qu'il a permis de faire avancer.

La collecte ouvrira dès l'immatriculation de l'association.

Faites circuler

Un mouvement grandit par le nombre. Partagez « Je suis Léa » et le mot-clé #JeSuisLea — chaque partage rend la précarité un peu moins invisible.

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